Belgique: histoire et conséquences linguistiques

  

L'État belge

Histoire de la Belgique
et ses conséquences linguistiques

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Nous remercions M. Albert Stassen d'avoir accepté d'assurer une relecture commentée des différents chapitres consacrés à la Belgique et à ses composantes.

1 Les premiers peuples

Les premiers peuples installés sur le territoire de la Belgique furent sans doute des Indo-Européens. Les archéologues ont trouvé des traces de populations tant celtiques (à l’ouest) que germaniques (au nord). Si l’on tient compte des fouilles archéologiques, on peut conclure que le territoire actuel de la Belgique, de même que le nord de la France, a pu être une zone de transition entre les cultures celtique et germanique. Par ailleurs, les écrits d’Hécatée de Milet et d’Hérodote (-484 à -425) nous apprennent également que les Celtes habitaient originairement une région qui s’étendait de l’ouest de la France jusqu’au sud-est de l’Allemagne, mais qui pourrait exclure le nord de la Belgique. Constitués en tribus autonomes et rivales, ces peuples étaient unis par la religion druidique et la langue celtique.

1.1 La romanisation et les Belges

C'est avec la conquête de Rome que les Belges entrèrent dans l'histoire. En 57 avant notre ère, Jules César, lors de la guerre des Gaules, fit pénétrer ses légions dans la «Gaule belge». Dès cette époque, César faisait la distinction entre les Celtes (ou Gaulois), les Aquitains et les Belges. César croyait que les peuples belges étaient issus des Germains. Il a même fait une énumération de ces Belges qui, sous le nom de Germani («qui uno nomine Germani appellantur»), sont énumérés ainsi : Suessiones (Suessions), Nervii (Nerviens), Atrabates (Abrates), Ambiani (Ambiens), Morini (Morines), Menapii (Ménapiens), Caletes (Calètes), Veliocasses (Véliocasses), Viromandui (Viromanduens), Aduatici (Aduaticiens), Condrusi, (Condrusiens), Ebuones (Éburons), Caeroeses (Cérosiens) et Paemanes (Pémaniens). 

Cette assimilation des Belges aux Germains n’a pas empêché César de considérer les Belges comme des Gaulois (un peuple celte). En réalité, certains peuples belges étaient originaires des régions germaniques à l’est du Rhin, mais furent vraisemblablement soumis à de fortes influences celtiques, alors que d’autres peuples étaient d’origine celte. Parmi les nombreuses tribus du territoire de la «Gaule belge» qui résistèrent à l’occupation romaine, César tenait les Belgae (les Belges) pour les plus braves de tous les peuples de la Gaule. Dans l'introduction de son livre De Bello Gallico (La guerre des Gaules), César parle des Belges en ces mots: «Horum omnium fortissimi sunt Belgae.» Autrement dit : «De tous, les Belges sont les plus valeureux.» En réalité, pour César, fortissimi signifiait les guerriers les plus «violents» (ou «sauvages»). C'est en Belgique (la Gaule belge) que César essuya sa plus sanglante défaite. Ambiorix, le chef des Éburons, avait surpris les Romains dans la vallée du Geer (localisation présumée) et avait exterminé entièrement deux légions (6000 soldats). Arrivé trop tard en renfort avec le reste de son armée pour éviter le massacre de ses légions, César poursuivit Ambiorix qui se réfugia dans la forêt ardennaise où il ne parviendra jamais à le surprendre.

Cela dit, certains historiens laissent croire que les peuples belges s’étaient déjà formés dès le IVe siècle avant notre ère, alors que d’autres situent cette mixité plutôt vers le IIe siècle. À l’époque de la conquête des Gaules, en 57 avant notre ère, la Gaule belge s’étendait entre la mer du Nord, la Seine et la Marne, et comptait quelque 500 000 habitants répartis en une quinzaine de tribus. Les Belgae parlaient des idiomes germaniques, fortement influencés par les parlers celtiques, mais d’autres historiens considèrent qu’il s’agissait d’idiomes celtiques fortement influencés par des apports germaniques.

1.2 Une province romaine

Après la soumission des Nerviens (de 57 à 46), la Gaule belge finit par devenir officiellement une «province romaine» en 51. La résistance poussa César au génocide de certaines tribus comme les Éburons et les Aduatiques. D'autres tribus d'origine germanique vinrent alors repeupler les territoires disponibles, avec l'assentiment des Romains. La Gaule belge était importante pour les Romains, en raison de la frontière rhénane avec les territoires germaniques. Les conquérants supprimèrent la caste des druides d’influence celtique, mais les Belgae continuèrent à adorer leurs dieux germaniques, puis celtiques, en plus des nouveaux dieux romains. 

  

Dans ce qui était devenu la Gallia Belgica, qui s’étendait du nord de la France aux Pays-Bas et à une partie de la Suisse, les Romains créèrent trois provinces à partir du IIIe siècle: la Germanica secunda au nord-est, la Belgica secunda au nord-est et la Belgica prima au sud.  La province appelée Belgica prima avait Trèves comme capitale et n’occupait qu’une partie du Luxembourg actuel. Par contre, la Belgica secunda était beaucoup plus grande et occupait tout le nord-ouest de la Belgique actuelle avec Reims (actuellement en France) comme capitale. La Germanica secunda était située au nord-est dans ce qui est aujourd’hui une partie de la Flandre et des Pays-Bas, avec comme capitale Cologne. Aucune de ces capitales n'est aujourd'hui sur le sol belge.

C'est dans ce cadre administratif que, peu à peu, la latin remplaça les langues germaniques et les langues celtiques des peules belges, surtout dans les villes. Les langues celtiques survécurent dans les campagnes, du moins jusqu'à l'arrivée du christianisme.

L'influence romaine entraîna à la fois la christianisation et la romanisation du territoire, surtout dans la partie méridionale de l'actuelle Belgique, ce qui correspond à la Wallonie qui vit se multiplier les villae (grands domaines de la civilisation romaine).

2 Le début de la frontière linguistique

Déjà au IIIe siècle, mais surtout au IVe siècle de notre ère, les Francs envahirent la Belgica et s’installèrent massivement dans tout le pays. Cependant, l'histoire de l'installation des Francs dans ces régions reste mal connue. Ils seraient arrivés par vagues successives; ils s’installèrent nombreux dans ce qui allait devenir la Flandre (au nord) et conservèrent leur langue germanique. Par ailleurs, des Saxons et des Frisons vinrent également habiter sur les côtes flamandes. Encore de nos jours, on peut trouver certains éléments saxons et frisons dans les dialectes parlés dans le nord de la France, en Flandre et aux Pays-Bas. 

Cette grande région du Nord perdit une grande partie de sa population d’origine pour faire place aux nouveaux envahisseurs germaniques (francs). D’autres considèrent qu’elle aurait été moins densément peuplée, mais personne n'est en mesure d’en expliquer la cause éventuelle de manière probante. Au sud et au sud-est, les Francs durent faire face à des populations gallo-romanes numériquement plus importantes; ils ne purent imposer leur langue et se fondirent dans l’élément gallo-roman, créant ainsi une sorte de fusion entre les envahisseurs et les peuples conquis. Toutefois, l'imprécision des connaissances sur la densité de ces peuples rend aléatoire toute discussion sur l'origine de la frontière linguistique actuelle. Intégré dans l'empire franc à partir du Ve siècle, l'espace belge demeure une province frontière dans le royaume mérovingien.

Ce sont les Francs qui auraient donné le nom de Wallon (de walha, nom francique d’une tribu celtique de la Gaule narbonnaise, les Volcae, mais ce nom signifie aussi «étrangers») aux habitants de cette région du sud de la Belgique. Par la suite, les populations flamandes leur auraient attribué le même nom (Waal). Lentement, et sans aucune conscience «nationale»,  les Wallons du Sud donnèrent naissance à ce qui deviendra beaucoup plus tard la «Wallonie». Ainsi, Flamands et Wallons de Belgique ont en fait les mêmes ancêtres et proviennent en partie des mêmes peuples. C’est donc au Moyen Âge seulement que se marqua progressivement une sorte de «frontière linguistique» entre les deux communautés flamande et wallonne de la Belgique actuelle, avec par ailleurs une large frange mixte tout le long de l’actuelle frontière linguistique. Cette frange ne se résorba que progressivement au cours du Moyen Âge. Cependant, la langue administrative et juridique de cette époque demeurait le latin. Évidemment, le problème des langues vivantes ne se posant pas. 

 

Le traité de Verdun de 843 entre les fils de Louis le Pieux (c’est-à-dire Charles le Chauve, Louis le Germanique et Lothaire) partagea l’empire de Charlemagne. 

La Francie occidentale, soit les pays situés à l’ouest de l’Escaut, de la Meuse, de la Sône et du Rhône, revint à Charles le Chauve; la Francie orientale, soit les pays à l’est du Rhin, échouèrent à Louis le Germanique, alors que la Lotharingie (les pays compris entre la mer du Nord jusqu’au golf de Tarente, avec les deux capitales d’Aix-la-Chapelle et de Rome) était attribuée, en même temps que le titre impérial, à Lothaire. En somme, la Flandre et la France revinrent à Charles le Chauve, tandis que la Wallonie (le Hainaut et le Brabant) fut intégrée à la Basse-Lorraine, un duché de la Lotharingie. 

Comme on s’en doute, cette division territoriale ne s’est pas faite sur une base linguistique, mais sur une base politique.

À l'ouest de l'Escaut, le territoire, qui va plus tard devenir le comté de Flandre (c'est-à-dire de nos jours la Flandre française, les deux provinces flamandes de la Flandre occidentale et de la Flandre orientale, ainsi que des territoires de l’actuelle province du Hainaut), faisaient alors partie du royaume de Charles le Chauve (ce qu'on va appeler la France, en référence à l’ancien «royaume des Francs» qui couvrait une grande partie de celle-ci. Ce territoire comportait différents idiomes dont une majorité de dialectes romans, mais aussi des territoires à parlers thiois ou flamands ces dialectes couvraient notamment l’Artois à l’époque ainsi que des aires bretonnes. Les autres parties thioises ou flamandes (constituant le reste de la Flandre actuelle) furent incorporées à la Basse-Lorraine (l'Empire germanique) comme le reste du territoire qui constitue maintenant la Wallonie. Bref, cette partie du nord-est du royaume appartenant à Charles le Chauve comptait une population parlant un ensemble divers d’idiomes romans et germaniques.

3 L’époque de la fragmentation politique (Moyen Âge)

  Au cours du Moyen Âge, se créèrent de nombreuses principautés indépendantes (Basse-Lorraine, Liège, Tournai, Cambrai, Malines), de duchés (Brabant, Luxembourg, Limbourg) et de comtés (Flandre, Hainaut, Namur, Artois, Louvain, Bruxelles, etc.), qui se multiplièrent au IXe et au Xe siècles et réussirent à obtenir de plus en plus d’autonomie de la part de leurs suzerains. On assista à une multiplication de petits territoires autonomes.

La Flandre constituait un fief du roi de France, mais qui résistait aux tendances centralisatrices de ce dernier. Régulièrement, la France intervenait militairement dans la région — une soixantaine d’invasions, soit une par décennie.

Le 11 juillet 1302, eut lieu une victoire des villes flamandes soutenues par des Namurois et des Hennuyers à Courtrai. Cette victoire est appelée la «bataille des Éperons d’or» (en raison des nombreux éperons des nobles français retrouvés sur le champ de bataille). Cette bataille a été choisie comme date de la fête de la Communauté flamande de Belgique (même si cette victoire de 1302 était aussi l’œuvre des Wallons).

D’ailleurs, la fête de la Communauté française, le 27 septembre, commémore, les journées victorieuses de septembre 1830 à Bruxelles où les Hollandais furent chassés par des Wallons, des Bruxellois et des Flamands. La victoire de 1302 fut suivie d’autres batailles jusqu'à la défaite des Flamands en 1328, lors de la bataille de Cassel.

Néanmoins, la victoire française ne mit pas fin aux aspirations autonomistes de la Flandre; considérée comme le plus riche fief du royaume de France, la Flandre réussit à conserver une certaine autonomie en payant des impôts royaux élevés. En 1340, les armées du roi de France furent vaincues par une coalition anglo-flamande. En 1369, Philippe le Hardi, l’oncle du roi de France, épousa la fille et héritière du comte de Flandre.

 

Par la suite, plusieurs comtés et duchés (Namur, Brabant, Limbourg, Hainaut, Luxembourg, Hollande, Gueldre, etc.) passèrent aux mains des ducs de Bourgogne. Ces derniers instaurèrent des institutions qui eurent pour conséquence d’unifier un peu plus le pays. Les mariages princiers, les achats, la diplomatie et les héritages contribuèrent à réunir la plupart des États. Mais c'est au cours du règne de Philippe III le Bon (1419-1467) que toutes les principautés des Pays-Bas passèrent sous le contrôle de la maison de Bourgogne. Ces territoires, qui s'étendaient bien au-delà des régions constituant la Belgique d'aujourd'hui, sauf Liège qui restait un évêché indépendant, comprenaient également l'Artois français, la rive gauche du Rhin à l'est, la Zélande, la Hollande, la Gueldre et d'autres terres au nord formant actuellement les Pays-Bas.

N’oublions pas que les ducs de Bourgogne cumulaient plusieurs titres. Par exemple, selon les époques (entre 1384 et 1475), le duc de Bourgogne pouvait être à la fois comte de Franche-Comté, comte d’Artois, comte de Picardie, comte de Flandre, comte de Nevers, comte de Hainaut, comte de Zélande, comte de Hollande, duc de Luxembourg, duc de Namur, duc de Limbourg, duc de Brabant, etc. En épousant Maximilien d’Autriche en 1477, Marie de Bourgogne mit les provinces belges sous la domination des Habsbourg (plus tard avec ses deux branches: les Habsbourg d’Autriche et ceux d’Espagne). Maximilien signa avec Louis XI le traité d’Arras, qui laissait à la France la Bourgogne ducale et la Picardie.

Selon certains, ce morcellement politique eut des conséquences au plan linguistique. Il aurait favorisé la fragmentation dialectale, ce qui contribua à la formation des idiomes picards, flamands, wallons, champenois, lorrains, luxembourgeois, limbourgeois, etc. Cependant, l’administration des État et de l’Église se faisait en latin, tandis que le français n’était parlé encore que par une partie de la noblesse de France. Cette thèse de la fragmentation dialectale à l’époque féodale est cependant contestée, car d’autres linguistes considèrent que la fragmentation dialectale était acquise depuis bien plus longtemps et pratiquement depuis les invasions franques qui étaient constituées de groupes divers aux idiomes déjà différenciés.

4 La période des Pays-Bas espagnols (1493-1713)

En 1493, Philippe le Beau devint le souverain des Pays-Bas et épousa l’héritière de la maison d’Espagne. Son fils, Charles Quint (1500-1558), né à Gand, fut d’abord prince bourguignon (de langue maternelle française), puis, en 1516, prince des Pays-Bas et roi d’Espagne, enfin en 1519 roi de Sicile et empereur du Saint-Empire romain germanique.

  En tant que souverain des Pays-Bas, Charles réussit à rattacher les 17 provinces sous son autorité, aussi bien les provinces de langue germanique du Nord (Flandre, Anvers, Limbourg, Luxembourg, Frise ou Friesland, Ommerlanden, Overijssel, Hollande, Utrecht, Gueldre, Zélande, etc.) que les provinces romanes du Sud (Artois, Namur, Brabant, Hainaut, etc.). Juridiquement, les Pays-Bas formaient avec les autres principautés allemandes le Saint-Empire romain germanique.

De plus, Charles Quint, était non seulement roi des Pays-Bas, empereur du Saint- Empire, mais également roi d’Espagne. Il ne s’agissait pas d’une unité politique entre l’Espagne et les Pays-Bas, mais les deux royaumes étaient néanmoins sous la souveraineté du même roi. Charles Quint se trouvait ainsi à la tête d’un formidable empire encerclant pratiquement la France. Il parlait non seulement le français, mais aussi l’espagnol, l’allemand, l’italien, le latin et même un peu le flamand de sa ville natale de Gand. C’est d’ailleurs ce monarque polyglotte qui aurait affirmé: «Je parle espagnol à Dieu, italien aux femmes, français aux hommes et allemand à mon cheval.» L’époque de Charles Quint (première moitié du XVIe siècle) fut une période faste pour l’ensemble des habitants des provinces de l’actuelle Belgique.

C’est avec Philippe II (1527-1598), le fils de Charles Quint, que les problèmes commencèrent aux Pays-Bas espagnols. Étant élevé en Espagne (Castille), ignorant tout du flamand et du hollandais, et ne connaissant qu’un peu de français (et de latin), son éducation exclusivement espagnole le fit peu apprécier aux Pays-Bas espagnols, lesquels lui furent confiés en 1555 après l’abdication de Charles Quint. Il reprit la politique de son père, mais d’une façon beaucoup plus étroite, surtout en matière de religion.

La guerre avec la France reprit, et Philippe II suscita la révolte des Pays-Bas espagnols en raison de son intransigeance religieuse (imposition de l’Inquisition) et de sa politique de centralisation absolutiste (abolition des conseils provinciaux). En conséquence, la Zélande et la Hollande, refuge des calvinistes, firent sécession avec Guillaume d’Orange. Les catholiques en vinrent à former la «confédération d’Arras» (comté d'Artois) pour lutter contre les orangistes qui lui opposèrent l’union d’Utrecht en 1579, l’acte de naissance des Provinces-Unies. Malgré les révoltes et les guerres, le territoire de ce qui sera la Belgique continua de faire partie des Pays-Bas espagnols jusqu’en 1713. Entre-temps, le traité de Munster (1648) rendait des parties de la Flandre (la Flandre zélandaise), le nord du Brabant ainsi que quelques territoires d’outre-Meuse, aux Provinces-Unies. Comme il s’agissait d’un État confédéral, les Provinces-Unies conservèrent une certaine autonomie, mais les territoires du Sud furent administrées directement par le pouvoir espagnol. La langue qui se développa au nord à cette époque fut une variété de néerlandais ayant une forte influence brabançonne (anversoise). Pendant ce temps, au sud, la langue néerlandaise se fragmentait en de nombreux dialectes régionaux, ce qui favorisa le français qui gagnait rapidement du terrain dans les milieux aristocratiques. Depuis la période bourguignonne, le français était déjà la langue véhiculaire de la plus grande partie de la noblesse et servait de langue administrative. Le néerlandais demeurait, du moins en Flandre, une langue parlée par le peuple, sous diverses formes dialectales. Il était associé à une langue de paysans, qui ne pouvait plus progresser.

En 1713, les Pays-Bas espagnols passèrent sous l’autorité de l’empereur d’Autriche. Durant tout le règne de Louis XIV, la région des Pays-Bas espagnols devint un champ de bataille perpétuel. La paix ne revint qu'au prix de nouvelles amputations. Des villes wallonnes comme Charleroi, Binche, Ath et Tournai furent cédées à la France; des cités flamandes comme Furnes, Bergues, Courtrai et Audenarde, ainsi que Lille et Roubaix, passèrent à la couronne française. Le traité d’Utrecht de 1713 avait donné une partie de la Flandre à la France, mais le traité d’Aix-la-Chapelle de 1748 rendit certaines régions (Nieuport, Courtrai, Ypres) à l’Autriche.

Depuis 1713, les Pays-Bas espagnols étaient devenus les Pays-Bas autrichiens. Jusqu'en 1740, l'espagnol fut utilisé comme langue véhiculaire du Conseil des Pays-Bas à Vienne (devenu en 1757 le «Bureau belge»). Avec la centralisation autrichienne, l'usage du français devint prépondérant dans l'administration centrale, au détriment des langues régionales qui restèrent limitées dans les villes belges. Cependant, les documents officiels locaux furent rédigés en néerlandais ou en brabançon en Flandre et aux Pays-Bas actuels et en français dans la Wallonie actuelle.

Plus tard, l'empereur d'Autriche, Joseph II (1741-1790), en despote éclairé, entreprit de faire de ses possessions un État moderne, centralisé et germanique. Les Pays-Bas autrichiens avaient conservé une administration rétrograde, hérités des Espagnols. Les privilèges arrachés depuis des siècles ne servaient plus qu'à favoriser l'esprit de clocher le plus étroit. C'est pourquoi l’administration des Pays-Bas du Sud fut totalement refondue et réorganisée selon le modèle français; Joseph II voulut abolir les privilèges des principautés, instituer son autorité directe et imposer la langue allemande, non pas dans l’administration interne, mais dans les rapports avec Vienne. Cependant, la ville de Bruxelles comptait alors d'une part, une majorité de la population parlant le brabançon, un idiome proche du flamand et employé déjà dans les plus hautes sphères de la société, surtout la noblesse et la haute bourgeoisie, d'autre part, une minorité de langue française, mais il s'agissait de la langue du pouvoir: les gouverneurs généraux qui résidaient dans la ville s'exprimaient uniquement dans cette langue. Les pratiques établies par les Autrichiens firent en sorte que les Flamands de Bruxelles durent apprendre le français s'ils voulaient entreprendre une carrière administrative.

L'usage des langues fit en sorte qu'une minorité riche et francophone cohabitait avec une masse flamande pauvre et peu alphabétisée. Entre ces deux extrêmes, on trouvait une bourgeoisie commerçante et urbaine, bilingue. Néanmoins, les mesures tatillonnes prises par les autorités autrichiennes à l’instigation de Joseph II heurtèrent de front, on le devine, les particularismes locaux, les sentiments religieux, les habitudes linguistiques, etc. La politique de Joseph II suscita un phénomène général de rejet, sauf au Hainaut et au Luxembourg restés plus calmes. Le mécontentement de la population fit éclater la Révolution brabançonne (d'octobre à décembre 1789) et les troupes autrichiennes furent chassées du pays jusqu’en 1793. Cependant, les duchés de Limbourg (actuel «pays de Herve») et de Luxembourg, situés de l’autre côté de la principauté épiscopale de Liège, n’avaient pas participé à la Révolution brabançonne et soutenaient les Autrichiens qui revinrent à partir de ces contrées. La rébellion fut réprimée par la force par les troupes autrichiennes, non seulement dans les Pays-Bas, mais aussi dans la principauté de Liège.

5 La Révolution française et ses conséquences

La guerre éclata à nouveau, mais cette fois avec les révolutionnaires français et, en 1794, les Français écrasèrent les troupes autrichiennes. Dès le 11 septembre 1794, l’usage du brabançon qui s’était répandu dans l’administration centrale des Pays-Bas autrichiens (avec le français) fut interdit dans l’administration, la justice et l’enseignement. Après avoir mâté les derniers foyers de résistance en Flandre, les Français annexèrent officiellement en 1795 les Pays-Bas autrichiens dans leur ensemble, soit tant les provinces thioises que romanes. Par un décret spécial, la Convention du 9 vendémiaire an IV (1er octobre 1795) déclarait que les territoires des Pays-Bas autrichiens ainsi que la principauté de Liège, le duché de Bouillon et la principauté de Stavelot faisaient désormais intégralement partie de la France. Les anciens duchés, principautés, comtés et seigneuries furent abolis et remplacés par des départements.

Par l'arrêté du 14 fructidor an III (31 août 1795), le Comité de salut public divisa le territoire de la Belgique en neuf départements: la Dyle (Bruxelles), l'Escaut (Gand), la Lys (Bruges), Jemmapes (Tournai), les Forêts (Luxembourg), la Sambre-et-Meuse (Namur), l'Ourthe (Liège), la Meuse-Inférieure (Maastricht) et les Deux-Nèthes (Anvers). De plus, par le traité de La Haye (16 mai 1795), on y avait ajouté des territoires des Provinces-Unies: la Flandre zélandaise (Zeeuws-Vlaanderen), les pays d’outre-Meuse (de Landen der Overmaze), une partie du Brabant septentrional, les villes de Maastricht, Montfort, Beersel et Venlo.

Par la loi du 25 octobre 1795, l’Administration française ouvrit une école primaire dans chaque canton ainsi qu’une école secondaire dans chaque département. Ces établissements restèrent peu fréquentés en Flandre, car la plupart des élèves étaient des petits Français ou des fonctionnaires de l’État. L’Université de Louvain fut abolie le 19 octobre 1797, alors que tous les cours se donnaient en latin. La francisation des élites flamandes, déjà bien entamée à l’époque autrichienne, s’accéléra sous le «régime français». Tous les actes publics, dans un délai d'un an, devaient désormais être rédigés en français. Napoléon appliqua à la Belgique ce que le décret du 2 thermidor an II (20 juillet 1794) n'avait pu accomplir: la francisation massive des couches moyennes dans les «départements du Nord». Comme on peut s’en douter, l’occupation des forces françaises déplut hautement aux habitants du pays flamand. Dans un rapport d’un commissaire révolutionnaire français, on pouvait lire: «Tout y est contre les Français»... surtout en pays flamand où les révoltes revenaient périodiquement. Les répressions furent terribles en Flandre et des villages entiers furent massacrés par les Français.

Par la loi Jourdan-Delbrel du 5 septembre 1798, la France imposa la conscription dans ses armées dans les territoires conquis. Cette mesure contribua grandement à la révolte flamande, car elle abolissait l’un des privilèges des Pays-Bas du Sud, qui prévoyait que l’empereur ne pouvait recruter des soldats pour l’armée que par des enrôlements volontaires. Cette révolte, qui fut appelée «guerre des paysans», était véritablement une révolte populaire dont les bourgeoisies des grosses bourgades craignaient elles-mêmes les débordements liés à l’exaspération des masses paysannes face aux excès du régime français. Les masses refusaient surtout la conscription, mais aussi l’intolérance religieuse, les impositions et les véritables spoliations du patrimoine. Cette révolte des paysans fut particulièrement marquante dans la Campine (en néerlandais: Kempen), le Luxembourg et finalement le nord-est de l’actuelle province de Liège (ancien duché de Limbourg). La révolte était plus marquée dans les cantons thiois ou germaniques que dans les cantons wallons, mais malgré tout des Wallons firent partie des insurgés.

L'hostilité des Flamands pour tout ce qui était français se développa davantage. En 1813, le préfet du département de l’Ourthe, Micoud d’Umons, écrivait dans son rapport que «les peuples qui ne parlent pas le français sont en général contre nous». Il visait par là les franges nord-est de son département, à savoir les régions des cantons d’Eupen, Malmedy, Saint-Vith, Schleiden, Kronenburg, Aubel et Limbourg (y compris les régions de Montzen-Welkenraedt et des Fourons).

Lorsque Bonaparte devint premier consul (1800-1804), il obligea tous les fonctionnaires de la Flandre à être des «citoyens français». Les évêchés subirent des changements similaires et, graduellement, tout le haut-clergé devint français. L’archevêque de Malines, Jean-Armand de Roquelaure, eut l’idée d’envoyer les séminaristes flamands à Lyon et Paris «pour franciser la Belgique en peu de temps». Cette politique ecclésiastique suscita, on le devine, de nouveaux mécontentements au sein de la population flamande. Puis Bonaparte devint Napoléon 1er (1804-1815).

À partir de 1810, l'empereur Napoléon appliqua une politique de francisation plus intense. Il voulut arranger des mariages entre les filles des notables flamands avec des officiers et fonctionnaires français, puis envoyer les enfants des élites dans les écoles en France, voire forcer ces familles à s’établir à Paris. Effectivement, la politique de francisation connut des résultats probants au sein de la bourgeoisie flamande. Cette politique ne visait évidemment que les élites wallonnes et flamandes, et non les gens du peuple. L'époque française avait duré vingt ans en Belgique; elle avait favorisé une pénétration plus profonde du français dans la société flamande tout en amorçant le développement industriel du pays, tant au nord qu'au sud. Par le fait même, les Français contribuèrent à la formation d'une classe nouvelle, commune à la Wallonie et à la Flandre, et entièrement francophone: la bourgeoisie industrielle. C'est cette classe qui allait foncer, quelque vingt ans plus tard, la Belgique indépendante.

En mars 1815, tout le pays fut occupé par les armées de la coalition des puissances européennes ayant participé au Congrès de Vienne (Russie, Autriche, Prusse, Grande-Bretagne). Le 22 juin 1815, Napoléon livra la bataille de Waterloo, alors que les Belges (surtout les Wallons) se battirent tant du côté français que du côté des puissances coalisées, mais dans un cas comme dans l'autre ils y avaient été contraints, la circonscription étant obligatoire    .

6 La période hollandaise (1815-1830)

   Après la défaite de Napoléon, le Congrès de Vienne (1815) créa le nouveau royaume de Belgique connu sous le nom de «Royaume-Uni des Pays-Bas» (en néerlandais: Verenigd Koninkrijk der Nederlanden), c’est-à-dire la réunion de presque toutes les principautés des Pays-Bas autrichiens, les Provinces-Unis et les Pays de Généralité (ces derniers administrés par les Provinces-Unies depuis le traité de Munster). C'était, pour les États européens, un nouvel État-tampon destiné à faire face à un retour éventuel de l'expansionnisme français. Le royaume fut confié à un roi hollandais, Guillaume d'Orange, reconnu comme le «roi des Pays-Bas et grand-duc de Luxembourg». À ce moment-là, le Luxembourg ne faisait pas partie du royaume, mais constituait un grand-duché membre de la Confédération germanique.

Les nouveaux sujets de Guillaume d’Orange, surtout la bourgeoisie francophone, se montrèrent hostiles à la réunion des Pays-Bas du Nord et des Pays-Bas du Sud. Au début, l’Église catholique était favorable à cette union politique, de même que certains adeptes wallons et flamands de la Révolution française. Mais les dispositions constitutionnelles reconnaissant l’égalité des religions choquèrent profondément les évêques catholiques (tous des Français). C’est surtout au Brabant que le roi pouvait compter sur un nombre assez important d’adeptes flamands qui étaient fortement influencés par les idées des Lumières. Bien qu’en général les Flamands n’aimaient pas la Révolution française et ses excès, ils étaient néanmoins favorables aux idées des grands philosophes français (Voltaire et les encyclopédistes).

Sur le «front» linguistique, Guillaume d’Orange décréta que la langue officielle du pays devrait être le néerlandais, c’est-à-dire la langue des instances les plus hautes du royaume; de plus, tous les fonctionnaires de l’administration centrale devaient connaître le néerlandais. Selon les arrêtés de 1819 et 1822, il était stipulé («[…] qu’il ne pourrait plus être présenté, pour les places et les emplois publics, que des personnes ayant la connaissance nécessaire du néerlandais». Le néerlandais devint donc la langue officielle. Mais le peuple flamand restait patoisant et illettré; il ignorait le néerlandais officiel. Bref, la politique de néerlandisation menée par les fonctionnaires de Guillaume Ier constituait l'envers de la politique de francisation sous Napoléon! Toutefois, la mesure orangiste n’excluait point les autres langues, ni leur utilisation dans l’enseignement, dans la justice ou dans l’administration. N’oublions pas que, comme tous les membres de la Maison royale des Pays-Bas, Guillaume d’Orange était francophone et que le français restera la langue de cette famille jusqu’en 1890. L’objectif du souverain était que le néerlandais devait être employé en Flandre et le français en Wallonie dans l’administration, la justice et l’éducation. 

Néanmoins, le néerlandais devait être inclus dans l’enseignement dans toutes les écoles du royaume. L’arrêté royal du 15 septembre 1819 prévoyait que le français était la langue officielle de l’administration et de la justice dans le pays wallon. De fait, sous le règne de Guillaume d’Orange, les Wallons furent administrés, jugés et instruits en français, alors que la plupart des Wallons parlaient diverses variétés de wallon, le picard ou le gaumais (lorrain). Le même arrêté faisait du néerlandais l’unique langue officielle des provinces de la Flandre occidentale, de la Flandre orientale, d’Anvers et du Limbourg, mais le peuple ne parlait que différentes variétés dialectales du néerlandais. La loi prescrivait une période de transition: du 15 septembre 1819 au 30 décembre 1822, le français pourrait être utilisé au même titre que le néerlandais. En somme, comparativement à aujourd’hui, nous pourrions considérer la politique linguistique de Guillaume d’Orange comme très avancée pour son époque.

Entre 1819 et 1822, l’Administration devait adopter le néerlandais graduellement, mais le français resta la langue dominante, sauf pour la justice où les changements furent plus marquants. Les écoles flamandes se développèrent rapidement, mais leur imposition dans les communes mixes de la frontière linguistique déplut aux francophones. Soulignons que les frontières provinciales établies par les Français avaient été conservées intégralement dans leurs limites, mais en leur appliquant les anciens noms (Brabant, Hainaut, Flandre, Luxembourg, Limbourg), sans se préoccuper du fait que, par exemple, le chef-lieu de ce dernier se trouvait dans la nouvelle province de Liège. Dans les communes néerlandophones faisant partie d’une province francophone ou wallophone (Hainaut et Liège), il était possible de fonder des écoles néerlandophones à côté des écoles francophones (article 6, no 2, de la loi du 15 septembre 1819). À partir de 1822, le néerlandais devint obligatoire pour tous les actes officiels et les débats judiciaires dans toute l’étendue du royaume, à l’exception des districts wallons. Mais la politique de Guillaume d'Orange s'accompagna aussi d'une politique de protestantisation; celui-ci se mit à dos tout le clergé catholique et la bourgeoisie flamande francophile. 

Les autorités ecclésiastiques (aussi peu néerlandophones qu’intolérantes face à un roi «hérétique protestant») et les élites belges (composées de la bourgeoisie francophone, de la caste des fonctionnaires et des avocats, ainsi que des Flamands francisés) s’opposèrent aux politiques centralisatrices de Guillaume d’Orange, au surplus un anticlérical de religion protestante. Ses opposants lui reprochaient surtout son parti-pris ultralibéral et libre-échangiste, et sa politique linguistique d’imposition du néerlandais comme seule langue officielle dans les régions flamandes (incluant Bruxelles). En Belgique flamande, cette langue était appelée le «hollandais» pour la différencier du flamand dont se revendiquait une majorité de Flamands qui considéraient la langue néerlandaise comme étrangère. Seul Jean-François Willems (ou plutôt Jan Frans Willems, en néerlandais), un homme de lettre considéré comme le père du mouvement flamand, prôna l’usage du «néerlandais» officiel de la Hollande. Tout ce beau monde ne voulait en aucun cas du néerlandais dans les tribunaux, l’administration et les écoles. Qui qu'il en soit, la tentative de Guillaume d'Orange d'instaurer un État laïc, néerlandophone et inspiré d'un modernisme calviniste ne pouvait qu'échouer. Le Révolution belge de 1830 fut en grande partie le résultat d'une alliance de tous les opposants au roi hollandais.

Ce sont en partie ces circonstances qui amenèrent la création de la Belgique et qui furent à l’origine du premier des «compromis» entre les bourgeoisies wallonne et flamande, c’est-à-dire l’élite catholique conservatrice (noblesse et clergé) et la bourgeoisie francophone libérale adepte des Lumières. Beaucoup de Flamands du XIXe siècle, gênés par l’union catholique-libérale scellée en 1828  appelleront ainsi cette union entre catholiques et libéraux «het monsterverbond», c’est-à-dire l’«union monstrueuse». Force est de constater que, pourtant, la révolution de 1830 a réussi uniquement parce que le bas-clergé, tant en Flandre qu’en Wallonie, a soutenu la défiance du haut clergé, de la bourgeoisie et de la noblesse à l’égard du roi de Hollande. Seuls les milieux économiques craignaient la séparation par la perte des marchés qu’elle générerait. 

Peu de temps après l’annonce d’une révolution en France (juillet 1830), mais sans lien réel avec elle, la «révolte belge» débuta à Bruxelles (le 25 août suivant).

Bruxelles tomba aux mains de la bourgeoisie et de la garde bourgeoise. Puis les événements de Bruxelles se répandirent à Louvain, Ath, Wavre, Liège, Verviers, Mons, Gand, Bruges, Courtrai et même à Aix-la-Chapelle. Dans toutes ces régions, ce sont les masses populaires qui se livrèrent au pillage. À Gand, le gouverneur reprit vite la situation en main. L’agitation reprit dans le pays, de Bruxelles à Liège, Huy, Mons, Namur Louvain et même au Luxembourg. Les états généraux ne firent que ratifier la victoire des émeutiers, car le roi avait fait masser ses troupes au parc de Bruxelles. Puis, ce furent les «journées de septembre» au parc de Bruxelles: des bandes armées venues de Wallonie (Liège surtout), mais aussi de Flandre avec souvent les curés à leur tête, voulaient déloger les Hollandais. Le «nettoyage» du pays fut accéléré par les désertions des Belges enrôlés dans l’armée hollandaise. Quant aux insurgés, ils reçurent des renforts de partout et même de l’étranger, ce qui vint renforcer les gardes civiles et les bandes ouvrières.

Les différentes unités de l’armée hollandaise furent attaquées le long des routes du Brabant flamand et de la Campine par des bandes de paysans. Chaque ville organisa une garde civile et des renforts de France arrivèrent. D’anciens officiers français se présentèrent aussi pour diriger les opérations. Le roi Louis-Philippe laissa le vicomte de Pontécoulant lever à Paris une «légion parisienne» formée de Français et de Belges, lesquels arrivèrent en Flandre en octobre. Le prince d’Orange se replia sur Anvers. Le 26 octobre, après le combat de Berchem, il se résigna à retourner en Hollande après avoir constaté que la population anversoise devenait menaçante et que la garde civile fraternisait avec le peuple.

S’il a paru nécessaire de reprendre avec certains détails les événements de 1830, c’est pour montrer que la révolution était bel et bien le fait de tout le pays, et non seulement celui des Wallons ou des francophones soutenus par la France, du moins tel que certains Flamands le soutiennent aujourd'hui en affirmant que cette révolution avait entraîné malgré eux les Flamands dans la tourmente. Ces mêmes Flamands tentent d’expliquer aujourd’hui l’absence d’implication des Flamands dans la révolution. Or, la ville flamande de Gand prit une part active dans la première phase de la révolution, mais les autorités locales réussirent mieux que d’autres à encadrer les émeutes populaires qui dégénéraient vite ailleurs en pillage. Il est dit aussi que la «libération» d'Anvers correspondait à une «conquête» organisée par des «bandes françaises et wallonnes» perçues comme «une bande de brigands». Pourtant, c’est la crainte de la population anversoise, nettement portée pour les révolutionnaires belges, qui incita le prince d’Orange à quitter la ville. Enfin, des Flamands affirment que la Flandre a été conquise manu militari, à partir de Bruxelles, par des «bandes wallonnes dirigées par des généraux français». Mais les Belges ne disposaient pas de troupes organisées, ni encore moins de généraux capables de mener les opérations. C’est la raison pour laquelle ils firent appel à des troupes expérimentées, dont celle du vicomte de Pontécoulant, plutôt que de confier la conquête du territoire à des bandes inexpérimentées.

Le 4 octobre 1830, un gouvernement provisoire formé de catholiques et de libéraux proclama l’indépendance de la Belgique. Le 4 novembre de la même année, l'Autriche, la France, la Grande-Bretagne, la Prusse et la Russie reconnurent le nouvel État (sauf les Pays-Bas).

   Le Traité des XXIV articles (15 novembre 1831) réglait la question des limites territoriales. Ainsi, la Belgique renonçait définitivement à la Flandre zélandaise et au Brabant septentrional, mais aussi au Limbourg oriental (en raison de la position stratégique: contrôle de la Meuse et les bouches de l’Escaut) et la ville de Maastricht. En retour, le nouvel État recevait la portion wallonne du grand-duché de Luxembourg et la région germanophone d’Arlon. Les autres régions germanophones étaient attribuées à Guillaume Ier à titre personnel et continuaient (avec le Limbourg néerlandais, mais sans la ville de Maastricht) à faire partie de la Confédération germanique.

La ville de Baarle restait divisée en une partie néerlandaise (Baarle-Nassau) et une partie belge (Baarle-Hertog), qui constitue jusqu’à nos jours une enclave; sur le terrain, il s’agit en fait de 32 enclaves belges dans le territoire néerlandais et de 16 enclaves néerlandaises parmi les 32 enclaves belges. Le roi Guillaume a longtemps refusé d’y adhérer. Ce ne sera qu’en 1839 que le Traité des XXIV articles sera ratifié et entrera en vigueur. Il est clair que les frontières finales de la Belgique ne furent que le fruit de la concertation entre les grandes puissances et qu’

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Commentaires (2)

1. royer 26/01/2013

3)Texte ? (L'époque de la fragmentation politique au Moyen-Age: les principautés belges au 13e siècle)
Paragraphe 6 ? laissé imcomplet alors qu'il s'agit de la suite du Traité de Londres 1839 !
Quelle note pour un document utile mais non terminé ?

2. Halloy Philippe 24/11/2011

très intéressant mais l'article n'est pas complet. Personnellement je ne suis pas doués en histoire et politique donc je ne peux pas questionné les donner mais j’ai trouvé des analyse assez bonnes.

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