Vive les lumières!

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# 18/09/2007 à 16:52 Alexandre Farnese
Vive les lumières

Je suis un fils des lumières, Jean-Jacques Rousseau et les autres, Montesquieu, Kant, etc. La confusion qui règne actuellement dans ce pays me rend malade et me déprime plus que tout autre chose. Et je sais que je ne suis pas le seul. Nous avons radicalement besoin de clarification. La confusion paralyse et donne un sentiment d'impuissance. Or ni les hommes politiques, ni les journalistes, ni les "intellectuels" ne nous aident à en sortir. Les "explications"qu'ils fournissent à l'étranger sur les "origines d'une fracture", pour reprendre le titre de l'article de Jean-Pierre Stroobants dans le journal Le Monde n'expliquent rien du tout. Mes amis français me disent ces jours-ci: "que se passe-t-il en Belgique, on n'y comprend absolument rien..." Et les Belges interviewés, toujours les mêmes, se réfugient derrière la complication qui serait inhérente à la Belgique elle-même. C'est faux. Les choses sont compliquées parce que nous les avons rendues de plus en plus emberlificotées depuis un siècle. Nous avons fait de gros noeuds, c'est vrai, et tout le monde sait la difficulté qu'il y a à démêler une pelote de fils emmêlés. Si on tire sur le mauvais bout, la pelote se resserre encore plus.
Première règle donc: cesser de dire "les flamands ceci, les wallons cela..." Nos compatriotes du nord, si vous allez voir leurs sites, nous demandent de ne pas les confondre avec les nationalistes bornés qui font un tintamarre épouvantable et que le tam tam de la presse francophone se charge de répercuter autant qu'elle peut. J'ai demandé a tous mes amis flamands s'ils connaissaient un seul séparatiste convaincu dans leur entourage. Personne, absolument personne, m'ont-ils tous sincèrement répondu, et il s'agit d'étudiants de la VUB et de l'université de Gand, de commerçants du Limbourg, de chercheurs de la KUL, de juristes de Bruges et de paysans de la région de Courtrai!
Deuxième règle : balayons d'abord chacun devant notre porte, ouvrons les yeux sur nos propres dérives et faisons confiance à nos amis du nord pour entamer le même processus.
Quelle est la différence entre le tandem Happart/Demotte et le tandem Leterme/DeWever (ou, je suis désolé de dire ça pour Didier Reynders, qui est pourtant un cran au dessus des autres, le tandem Reynders/Maingain). C'est qu'un parti a perdu aux élections et les autres ont gagné. L'alliance est structurellement identique. Un pôle extrême et un pôle (supposé) modéré dans chacun des couples, le pôle extrême ayant des objectifs clairs et cohérents, le pôle modéré cultivant l'ambiguité, ce qui met tous les modérés en situation d'otages consentants des extrêmes.
Prenons le couple Demotte/Happart et leurs discours respectifs aux fêtes de Wallonie. Petite phrase de Demotte remarquablement insignifiante : "La Belgique fédérale conserve encore pour nous une valeur ajoutée..." . Happart se place lui clairement dans la filiation de Jules Destrée "Pour la Wallonie, la marche vers sa souveraineté (souveraineté!!) a démarré avec Jules Destrée, lui-même suivi par bien d'autres". Tout à fait exact mais il faudrait indiquer les raisons qu'invoquent Destrée et les autres pour revendiquer cette "souveraineté". Dans son discours du 1er mai 1912, alors que grâce à l'électorat du nord, le parti catholique vient encore de gagner les élections, après avoir été au pouvoir depuis 1884, il invite les 15.000 manifestants à rentrer dans leurs villages et à "proclamer la volonté de la Wallonie d'abattre le gouvernement clérical". Le 3 juin, autre discours: "Si la Belgique apeurée et oppressée veut tout entière se cléricaliser, seul Charleroi résistera et nous ne nous rendrons pas!(Acclamations)". Même son de cloche, si l'on peut dire, à la même date chez Buisset: "Les cléricaux triomphent grâce à l'ignorance des Flandres, de ces Flandres malheureuses qui restent courbées et asservies sous le joug clérical! De notre défaite aujourd'hui, il y a une conclusion à tirer. C'est que nous sommes depuis trente ans des vaincus subjugués par la population fanatique flamande! L'heure qui vient de sonner est solennelle". Tout cela, on connaît tous grâce à Brel:"Les flamandes, les flamandes, les fla, les fla, les flamandes". Mais c'est derrière nous. Les flamandes ne demandent plus au curé pour qui elles doivent voter ni avec qui elles peuvent baiser.
Les raisons "économiques" de rechercher de plus en plus de souveraineté wallonne n'apparaîtront qu'en 1960 avec André Renard. Et depuis maintenant vingt ans, elles ont été relayées par une nouvelle idéologie à laquelle ont adhéré, à quelques nuances près (épinglons cependant une exception, le livre de Paul Magnette, "L'Europe, l'Etat et la démocratie", politologue devenu ministre wallon, qui fait preuve de beaucoup plus de réalisme), tous les intellectuels belges : l'idéologie "post-nationale" en vertu de laquelle les nations sont appelées à se fondre dans l'Europe et dans le monde. Monsieur Happart en a rappelé l'essentiel lors du débat télévisé du 9 septembre : la Belgique est appelée à disparaître en se dissolvant dans l'Europe "dans cinquante ans", une mort douce en quelque sorte mais une mort quand même. En réalité, les Belges sont les derniers à croire qu'une nation européenne fusionnant 28 ou 29 Etats va être édifiée. Cette idée là, au contraire de la Belgique, est morte et enterrée. Le projet européen qui se dessine c'est une communauté universelle d' Etats-Nations, de plus en plus ouverts et accueillants les uns vis-à-vis des autres, projet qui dépasse de loin les frontières de l'Europe actuelle mais qui ne détruit pas les nations. En ce sens, la Belgique pourrait être un modèle ayant la première, démocratiquement, cad sur un mode égalitaire, vaincu la terrible barrière des langues sans se faire harakiri! Les Belges sont mûrs pour faire cet effort, presque tous les signataires de la pétition le disent.
Sur le plan intérieur, je dois faire d' énormes acrobaties intellectuelles pour discerner les avantages que la Wallonie a tiré de ce système dit fédéral (en réalité autonomiste). Si je devais faire le discours de Monsieur Happart, je ne pourrais m'empêcher d'écrire : "La Wallonie était au bord du gouffre, mais elle a maintenant fait un grand pas en avant...". Un système où on homogénéise les opinions politiques dans un consensus mou débouche sur la paresse intellectuelle, les "débats" télévisés anémiques du genre "mise au point" ou "controverse", le clientélisme, les tendances mafieuses (les copains de mes copains sont mes copains), etc...Bref, le système fédéral a rendu le P.S.incontournable et hégémonique en wallonie et on voit ce qu'il en est advenu. Et il a donné un poids électoral démesuré aux nationalistes flamands en Flandre où on peut se permettre de balancer un Rudy Aernoudt, trop attaché à la Belgique et à la rigueur dans le service de l'Etat.
Mais le combat est loin d'être perdu. Au contraire, il ne fait que commencer. Le parti hégémonique en Wallonie n'est plus au pouvoir. Et les nationalistes flamands profitent des ambiguités chères aux élus, messieurs Leterme et autres, indignes de ce grand courant de pensée que fut la démocratie chrétienne.
La vertu du référendum c'est qu'il met chacun devant une responsabilité claire. On peut répondre distraitement ou par un mouvement de colère à un sondage. Dans un référendum chacun sait en principe qu'il se situe dans l'élément du temps: il peut par sa voix anéantir le passé dont il sort comme s'il n'avait aucune dette envers lui et engager l'avenir des générations futures. Il est sommé de voir au delà du peuple présent le peuple en devenir. Pour tout homme normalement constitué, la mort de son pays est un impensable. On aimerait qu'un disciple de Freud vienne expliquer cela aux journalistes qui barrent d'un énorme cercueil la page de couverture de leur magazine. Le temps des nations ce n'est ni l'éternité, ni la fugacité, c'est le temps de la perpétuité, du devenir-ensemble des peuples. Je ne fais ici, me semble-t-il, que traduire ce qui ressort des commentaires émus et passionnés, émouvants et passionnants, des signataires de cette pétition.
Allez, camarades, comme le disait Emile (Buisset) :" L' heure qui vient de sonner est solennelle".
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