Lettre aux Wallons et aux Bruxellois désemparés

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# 27/11/2007 à 20:50 JP ROOS
Vous êtes nombreux à manifester votre désarroi, voire, pour beaucoup, votre effarement, devant la dislocation de la Belgique qui se produit sous vos yeux. A vous tous qui avez battu le pavé de Bruxelles dimanche dernier, qui ornez votre façade d’un drapeau belge ou signez des pétitions appelant à l’unité du pays, je voudrais demander s’il vous arrive de côtoyer des Flamands, de lire la presse flamande ou de regarder des débats télévisés sur une chaîne flamande. Avez-vous bien pris la mesure du consensus qui existe en Flandre pour exiger plus d’autonomie ?

Tenez, la semaine dernière, par exemple, trois citoyens se disant membres progressistes et de gauche du Mouvement flamand ont adressé, dans « De Standaard », une « lettre ouverte à une Belge inquiète », à savoir Mme Houard, l’initiatrice de la pétition et de la manifestation « Pour l’unité de la Belgique ». Ils lui disent notamment qu’il n’y a rien de mal à ce qu’un peuple cherche à gérer ses propres affaires : c’est, écrivent-ils, « tout simplement une question du droit très démocratique à l’autodétermination ».

C’est bien le drame des francophones de ce pays de refuser de voir la réalité, à savoir que les Flamands ont sur nous un triple avantage : ils sont plus nombreux, ils sont plus riches, cela chacun le sait, mais en outre, et cet avantage-là est décisif, ils se perçoivent comme un peuple. C’est la raison pour laquelle ils n’ont aucune envie de partager leur richesse avec nous, puisque, dans leur grande majorité, ils nous considèrent comme des étrangers. Je crains que, face à ce sentiment national, vos drapeaux et vos signatures ne pèsent que d’un bien faible poids.

Quand on évoque ce pays bifide qu’est la Belgique, la métaphore du couple vient immédiatement à l’esprit. Dès lors qu’un des conjoints refuse avec tant d’obstination toute concession et toute solidarité, que les conjoints sont devenus à ce point des étrangers l’un pour l’autre, force est de constater que ce couple est mort ou, en tout cas, moribond. On peut certes le regretter, mais cela ne changera rien à l’affaire.

Vous le savez bien, la mésentente ne date pas d’hier. Les disputes ont commencé au lendemain des noces et n’ont connu de répit qu’en de rares occasions. Ne trouvez-vous qu’il est temps que cela cesse ? Arrêtez de vous accrocher au passé avec l’énergie du désespoir et de jouer à l’épouse outragée : c’est dérisoire, pathétique et, pour tout dire, indigne. Reconnaissez plutôt qu’il est parfaitement légitime et tout à fait respectable que le peuple flamand veuille prendre son destin en main.

Vous avouerais-je que je vous trouve étranges ? Quelle est donc cette volonté morbide de rester une minorité méprisée dans un Etat qui vous est hostile ? C’est unique au monde, assurément. Ne vaudrait-il pas mieux préparer l’avenir, sereinement, sans ressentiments stériles et sans vains regrets ?

Proposons aux Flamands de passer chez le notaire, divorçons à l’amiable, avant que nous n’en arrivions à nous arracher les yeux. D’ailleurs, les responsables politiques francophones ne croient plus vraiment aux chances de pérennité de la Belgique, pas même M. Reynders, qui déclarait au journal « Le Monde » pas plus tard que la semaine dernière que « l'enjeu est (…) d'apprendre à faire vivre ensemble des gens qui se meuvent déjà dans des univers différents ». Le projet exaltant que voilà !

Passer chez le notaire ? Eh oui, il le faudra bien, je suppose, car, ne nous voilons pas la face, ce divorce ne se fera pas facilement. Les Flamands, se comportant comme si la Flandre était déjà un Etat, refusent de céder la moindre parcelle de territoire, même si cette parcelle est habitée par une population majoritairement francophone. Si, comme on peut le craindre, ils persistent à considérer qu’un territoire où la population a été un jour majoritairement flamande doit rester flamand pour l’éternité, on voit mal comment, sauf capitulation des francophones, la crise pourrait trouver un dénouement dans un cadre belge. Il faudra donc vraisemblablement s’en remettre à une médiation internationale (dont personne, bien entendu, ne peut savoir aujourd’hui quelle forme elle prendra).

Le divorce une fois prononcé, qu’allons-nous devenir ?

Les solutions ne sont pas légion : soit la Wallonie et Bruxelles constituent une mini-Belgique fédérale, soit elles s’intègrent à la France. Une troisième option est envisageable : pour Bruxelles, celle du statut de ville-Etat (à l’instar de Monaco ou de Singapour) et, pour la Wallonie, l’indépendance sans Bruxelles.

Pour ma part, je n’hésite pas une seconde. République, laïcité (au sens français, c’est-à-dire le confinement du religieux à la sphère privée), liberté, égalité, fraternité, voilà un menu qui est tout à fait à mon goût. Mais cela, il appartiendra à chacun d’en décider …

J.P. Roos, citoyen wallon et bruxellois
# 27/11/2007 à 21:11 Azrael
J'ai retrouvé cette déclaration de Louis Michel, ancien Président du MR et actuellement Commissaire européen.
Celle-ci fut donnée au Figaro il y a un peu plus de 10 ans.

- Quelle est votre attitude en face de cette idée folle du rattachisme dont tout le monde parle aujourd'hui dans la communauté wallonne ?

- Je n'ose plus dire que le rattachisme soit une idée folle. Si l'espace francophone ne devient pas une réalité, si le séparatisme est inéluctable, alors les Wallons diront : je préfère être Français plutôt que Wallon. Moi, personnellement, si je dois choisir entre être Wallon dans un Etat socialiste ou être Français, je préfère devenir Français.

Louis Michel poursuit en précisant :

Entre un Etat wallon replié sur lui-même et la France, je choisis la France car la Wallonie c'est un cul-de-sac économique, social, culturel.
L’interview se conclut sur ces mots de Louis Michel :
- Croyez-vous que la France accepterait de récupérer ainsi les francophones belges ?

- Nous avons des contacts avec Paris et je suis sûr que Paris ne ferait pas longtemps la fine bouche.

Extrait du Figaro du 28/10/1996.



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