La réconciliation nationale: sur quelles bases?

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# 01/12/2007 à 18:07 Alexandre Farnese
Le numéro spécial du journal Libération, distribué gratuitement sur internet, explique remarquablement bien le problème de la Belgique de façon profonde, exhaustive et subtile, en en décrivant assez bien toutes les facettes et en faisant s'exprimer tous les points de vue. Bravo les Français! Ca nous change de nos médias -surtout francophones- souvent partisans et provocateurs. On attend des médias des informations et des analyses, pas des émotions fortes qui mobilisent toujours les mêmes ingrédients: la mort, le sexe, l'argent. Laissons cela aux journaux spécialisés et aux nombreuses séries télévisées américaines, souvent excellentes d'ailleurs.
Dans cette crise, les médias francophones m'ont souvent fait penser à ces vautours qui rôdent autour des animaux affaiblis en attendant leur mort. La Belgique est malade et affaiblie certes mais elle n'est pas morte.
Le journal Libération met bien en évidence la profondeur de la crise dont nous sommes tous très conscients. La situation est grave et désespérante, qui le nierait. Est-elle pour autant désespérée? Mon principal espoir, je l'ai déjà dit avec beaucoup d'autres, est dans l'organisation d'un référendum qui remettrait les pendules à l'heure. Nos hommes politiques ont peur, paraît-il. Mais peur de quoi? Moi j'ai surtout peur d'un dénouement qui ne correspondrait en rien à ce que veut la majorité des Belges. S'il existe une nation flamande, désireuse d'en finir avec la Belgique et de demander son indépendance, qu'on la laisse s'exprimer clairement plutôt que de laisser pourrir la situation pendant 20 ou 30 ans.
L'analyse de Jean Quatremer "Le crépuscule des Belges?" explique assez bien l'ancrage historique de nos problèmes et notamment l'origine du séparatisme: l'idée vient des Wallons, souligne-t-il, c'est un fait historique incontestable. Mais pourquoi des wallons progressistes sont-ils devenus réactionnaires en matière linguistique? Voilà ce qu'il faut expliquer. Certainement pas par mépris de la culture flamande mais par peur que la Belgique ne continue d'être dominée par les curés, les flamands étant restés beaucoup plus catholiques que les wallons. C'est ce refus persistant des wallons d'établir l'égalité des langues pour des raisons avant tout religieuses qui a cristallisé le sentiment "national" flamand.
On peut cependant mieux comprendre cette attitude wallonne si l'on accepte de considérer l'importance du fond catholique de la culture belge. Personne en Europe, sauf les Belges, n'ignore qu'il y a en Europe trois nations de culture catholique "contre-réformées": l'Italie, l'Espagne et la Belgique. Et, comme la Belgique était à la frontière de la catholicité, directement en contact avec la zone protestante, l'Eglise a mis le paquet en nombre de couvents, de monastères, de collèges jésuites, de capucins, de récollets, de processions, etc.... Qui a fixé la frontière linguistique en recensant les paroisses où l'on parlait l'une ou l'autre des deux langues (surtout des dialectes, bien sûr)? Les jésuites, en 1612, pour s'assurer que leurs sermons seraient compris par les fidèles (la principauté de Liège était d'ailleurs comprise dans ce recensement, on ne faisait aucune différence). C'est donc en réalité dans cette époque pas si lointaine que s'est forgée la mentalité profonde des belges, leur amour des fêtes populaires (comme les carnavals), leur humour auto-dérisoire, leur gaieté proverbiale qui étonne toujours les français habitués à penser que les gens du nord sont plutôt froids comparés aux gens du sud. Et c'est à cause de cette puissance de la culture catholique maintenue en Flandre au début du 20ème siècle et affaiblie en Wallonie que les divisions ont commencé à se creuser et que les wallons, découragés dans leur combat laïque, ont installé le virus séparatiste. Quant au sentiment de supériorité des francophones, il a les mêmes racines, le sentiment qu'à l'inverse des flamands "fanatiques", ils s'émancipaient des curés et diffusaient la langue du progrès et de la modrernité.
Si c'est l'histoire qui nous a divisés, c'est l'histoire qui pourrait nous réconcilier. Il y avait dans la Belgique du 19ème siècle deux personnages incompatibles avec la démocratie: les fransquillons et les cléricaux. Les wallons et les flamands pourraient considérer qu'ils se sont divisé le travail pour écarter ces deux personnages indésirables dans une démocratie arrivée à maturité. Mais les wallons peuvent aussi comprendre que leur combat est aujourd'hui bien terminé tandis que les flamands continuent de se sentir humiliés lorsqu'ils percoivent chez les francophones des restes de "fransquillonnerie", comme le refus de parler néérlandais sur leur "territoire". Et ils peuvent être tentés de se venger maintenant qu'ils connaissent la prospérité économique. Il n'y aura qu'un moyen de corriger la trajectoire sur laquelle "la machine folle", selon l'expression de Jean Quatremer, est lancée depuis au moins quarante ans, c'est de connaître notre histoire. Merci aux français de nous aider à faire ce travail.
# 01/12/2007 à 19:18 Alexander
Er is veel waarheid in deze analyse.
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