A propos du 18 novembre 2007, date historique

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# 19/11/2007 à 22:57 Alexandre Farnese
Je me permets de poster à nouveau cet interwiew du philosophe français Marcel Gauchet au moment où l'on va tenter par tous les moyens de détourner le sens de ce que nous avons fait hier. Cette action relevait du politique et non de la politique, distinction essentielle pour sortir de la confusion ambiante. LE politique c'est ce qui fonde l'existence dans le temps des collectivités humaines. LA politique ce sont les mécanismes par lesquels se forme le pouvoir dans les sociétés démocratiques, élections, partis, groupes de pression, etc...En s'abstenant de participer, seul Didier Reynders a implicitement marqué son souci d'éviter la confusion. Il a ainsi signalé que nous ne jouions ni avec lui ni contre lui. C'est ailleurs que nos regards sont dirigés. Il peut porter nos préoccupations mais il sait qu'en tant que chef d'un parti politique il sera vu autrement par les journalistes qui ne s'intéressent qu'à LA politique. C'est ce qui est arrivé aux autres, venus "à titre privé". S'ils avaient été cohérents, ils auraient dû refuser les interwiews.
Nous devons donc maintenir ce cap sans nous laisser intimider par les contresens intéressés qui vont se succéder.
Notre démarche est patriotique, un nouveau patriotisme qui touche de plus en plus de jeunes. Ils étaient très nombreux hier, bien plus nombreux que les seuls patriotes supposés, les "anciens combattants" que l'on traite dailleurs avec un imcompréhensible mépris en ces temps de paix. Sans eux, rappelons-le, la démocratie et la paix n'auraient pu se maintenir.
C'est à l'aune de l'interdit qui frappe ces sujets qu'il faut apprécier l'extrordinaire événement qui s'est produit hier. Jusqu'ici, ces sentiments ne pouvaient se dire que de façon détournée, ils faisaient l'objet d'un refoulement. Exprimés clairement, ils ne touchaient tout au plus qu'un millier de "belgicains". Exprimés de façon détournée, ils mobilisaient des foules importantes: successivement, le retour des diables de Mexico en 86, la mort du roi Baudouin en juillet 93, la marche blanche en octobre 96.
A propos de cette dernière, ce n'est pas faire injure à la mémoire des enfants assassinés que de reconnaître la part de l'inquiétude sur l'avenir de la nation que cet échec de la justice provoquait à s'exprimer. Citons, pour mémoire, la phrase du poète Julos Beaucarne. Après avoir évoqué la mort du roi, père de la nation, il poursuit: "Ces petites filles qui n'auront jamais d'enfants sont en quelque sorte les mères de ce pays qui vient de naître". Au journaliste qui ajoute: "donc, selon vous, il ne faut pas désespérer de la Belgique", il répond : "oh non, au contraire, là elle est partie. Je crois qu'elle existe maintenant". Le poète est un visionnaire.
Dans le même ordre d'idées, il ne faut pas oublier le contexte politique de la découverte des victimes de Dutroux, notamment les tensions "communautaires" qui avaient amené Claude Eerdekens à brandir la menace "rattachiste" en juin 96, soit un mois avant que ne démarre l'affaire Dutroux: "Messieurs les flamands, si vous persévérez, nous amènerons la France aux portes de Bruxelles..."
Rappelons également que là aussi le divorce entre peuple et élites avait été souvent évoqué. Si Jean-Luc Dehaene avait été un grand homme d'Etat, il aurait fait un référendum sur l'avenir de la Belgique, comme plusieurs politologues et constitutionnalistes le réclamaient. Aujourd'hui nous l'attendons toujours. Ce serait bien plus utile que ces interminables "consultations".

Pourquoi le patriotisme est interdit
Entretien avec Marcel Gauchet Le Point, 17/08/2006
Quand vous observez la frénésie autour du Mondial, n’avez-vous pas l’impression que la France, ce n’est plus que le nom d’une équipe de football ?
Marcel Gauchet. — L’enthousiasme autour des exploits sportifs est le révélateur d’un interdit. Les peuples n’ont le droit d’exprimer leur patriotisme, d’ailleurs bon enfant, que dans le domaine du sport, alors que cela leur est interdit partout ailleurs. Selon la doctrine officielle, en effet, il ne doit plus être question d’intérêt national, car les nations, c’est le nationalisme, et le nationalisme, c’est le péché mortel.
Pourquoi les élites ont-elles instauré cet interdit ? Par souci d’éviter les guerres ou pour un intérêt bien compris ?
M. G. — La volonté d’échapper aux malheurs de l’histoire européenne a été salutaire. Mais nous avons affaire à un phénomène plus récent et d’une autre nature, où il ne s’agit plus seulement de désarmer les nationalismes - très bien -, mais de dépasser les nations. Cela au nom d’une idéologie qui s’est développée dans les années 80 et 90 et qui a pris deux formes. A gauche, l’idéologie des droits de l’homme a pris la relève de l’internationalisme prolétarien, tandis qu’à droite est apparu un néolibéralisme économique fou. Je ne suis pas de ceux, comme vous savez, qui sont hostiles au libéralisme, mais ce nouvel inégalitarisme porté par un capitalisme sans frontières me semble intenable.
Comment tenir un discours national ?
M. G. — L’évolution que je viens de décrire n’a rien d’inéluctable. Elle est le produit d’une conjoncture. Elle suscite déjà des réactions violentes des populations. Il va bien falloir retrouver le sens du pacte social. De là à instaurer à nouveau le « plébiscite de tous les jours », façon Renan... La formule est belle, mais pas très opératoire. Le plébiscite de tous les jours n’existe pas. Les processus de construction de l’identité collective sont essentiellement inconscients.
Sur quoi alors fonder le consensus politique ?
M. G. — Sur le sens des identités produites par l’Histoire, justement. Tous les pays ne se gouvernent pas de la même manière. La compréhension de la liberté n’est pas identique en Grande-Bretagne, en Allemagne ou en France. L’économisme a engendré des technocraties aveugles, qui ne connaissent qu’une seule recette et ignorent l’enracinement historique des pratiques collectives. Or les peuples veulent la continuation de leur histoire.
Si demain un dirigeant du pays vous demande comment procéder concrètement...
M. G. — La première tâche est de clarifier les choix collectifs. L’impuissance est fille de la confusion. Je prends l’exemple des services publics. Les libéraux formulent une critique juste en disant que les agents se sont appropriés les services publics aux dépens des citoyens.. Ils en tirent une conclusion hâtive en prônant leur liquidation. De l’autre côté, les « républicains », au nom d’une défense juste du principe du service public, justifient tous les abus. Pour avancer, il faut sortir de ces querelles de fous. S’agissant de l’éducation, c’est la même chose, le blocage intellectuel est complet.
Les médias n’y sont pas étrangers, avez-vous dit avant l’entretien.
M. G. — C’est exact, les médias ne contribuent pas à l’éclaircissement du public, car ils sont très idéologiques. Les journalistes n’ont pas de doctrine, mais ils se croient les défenseurs des grands principes, spécialement en France. Ils empêchent que toute une série de questions soient posées. Il n’est pas excessif de parler de censure.


Je me permets aussi de rappeler quelques notions de philosophie politique. Qu'est-ce qu'un peuple? Qu'est-ce qu'une nation? Le savons-nous encore. Beaucoup d'interventions permettent d'en douter. Ce pays, dit-on, est artificiel. Mais ils le sont tous. Tous les pays sortent de guerres, de révolutions, bref des hasards et des contingences de l'Histoire. Un peuple résulte, selon la philosophie politique moderne, de la constitution d'une sorte de personnalité collective ou de sujet collectif avec des propriétés qui s'apparentent à celles des personnalités individuelles: les peuples peuvent savoir pourquoi ils existent, ils ont des forces et des faiblesses comme les individus, ils peuvent se réfléchir, se changer comme les individus, bref ils ont une "âme" celle qu'ils communiquent à leurs membres individuels et qu'on appelle, en sciences sociales, une culture.
Ils peuvent aussi, comme les personnes individuelles, devenir fous, se muer en criminels (comme l'Allemagne des années 30), délirer sur leur origine, vouloir se suicider comme la Belgique en a éprouvé la tentation sans cesse repoussée depuis un siècle. Cette philosophie politique inaugurée par Machiavel et surtout Thomas Hobbes dans le Leviathan est propre à l'Europe. Partout ailleurs, avant le 17ème siècle, les peuples pensent que leur existence résulte d'une volonté issue d'autres êtres qu'eux, comme le peuple juif élu par Yahve qui passe une alliance avec Moïse sur le Sinaï. Ce peuvent être des ancêtres mythiques, des dieux, le Ciel pour les chinois, Dieu pour les peuples monothéistes.
On peut donc, comme pour un individu, se demander comment une personne collective en est venue à être atteinte d'une sorte de dédoublement de la personnalité, qui l'amène à ne plus pouvoir se voir dans son unité. C'est ce qu'on appelle une crise d'identité. En Belgique, c'est clair cette "maladie" commence en 1912. La dualité linguistique favorise certes cette vision trouble de soi-même mais elle ne suffit pas à en rendre compte. Car il y a des pays bilingues ou plurilingues qui existent sans problème. Il faut alors remonter plus loin. Se demander pourquoi les Belges doutent à ce point des circonstances dans lesquelles ils sont nés comme peuple, alors que ces circonstances sont les mêmes que celles qui ont vu naître la Hollande en 1585 et que les Hollandais eux savent très bien comment ils sont nés.
Ils sont fiers de leur émancipation vis-à-vis de l'Empire catholique des Habsbourg alors que les Belges cultivent une sorte de honte de reconnaître qu'ils sont finalement, pour des raisons pas si mystérieuses que cela, restés dans l'Empire Catholique Espagnol, ce qui a donné au début du 17ème siècle Rubens d'un côté, Rembrandt de l'autre soit deux univers culturels très éloignés.
Thyl Uylenspiegel, le premier héros national, né en 1867, sous la plume de Charles de Coster, exprime bien ce sentiment de honte. Fils d'un père protestant, il est né le même jour que Philippe II, le fils de Charles-Quint. Il veut à la fois venger son père et libérer les Pays-Bas de l'emprise Catholique et espagnole.
Toutes ces choses étaient bien connues des historiens mais depuis l'effondrement de la religion catholique au début des années 60, ni les laïcs ni les catholiques, pour des raisons opposées, ne veulent reconnaître l'importance de la religion dans la formation de l'identite nationale. Les Hollandais n'ont pas ce problème et pourtant l'origine est exactement la même. Pourquoi, direz-vous, est-ce si important? Parce que c'est la seule façon de reconnaître par la raison ce que nous savons par le coeur, la proximité culturelle des flamands et des wallons issue de cette longue histoire commune, contre le cliché des "deux cultures". Demandez aux flamands ce qu'ils pensent des Hollandais!
Les rattachistes et autres séparatistes connaissent tellement bien l'importance de l'histoire qu'ils passent leur temps à la réécrire et/ou à déclarer que la vérité historique n'existe pas, que ce ne sont là que mythes et légendes. Ce pourquoi ils s'empressent de la remplacer par de "vraies" légendes comme cette bataille de 1302, une vraie bataille mais dont n'est évidemment sortie aucune identité nationale. On était alors au temps des empires pas encore des nations.
Nous sommes donc devant une alternative: si cette philosophie de l'histoire, lentement élaborée en Europe, et qu'on enseigne partout aux étudiants, est fausse, il faudrait montrer qu'il en existe une autre. On aimerait savoir où se trouve une autre philosophie politique que celle qui court de Machiavel à Hegel, en passant par Hobbes, Locke et Rousseau, etc... Quant à croire qu'on peut se passer d'une philosophie de l'histoire, c'est évidemment un leurre: soit on en fait en connaissance de cause soit, comme monsieur Jourdain faisait de la prose, on en fait sans le savoir.
Cette question de l'identité nationale n'est évidemment pas de celles que l'on traite à la légère, c'est une question qui relève du tout ou rien, une question de vie ou de mort. On ne peut être à la fois dedans et dehors. Si l'on est dedans, il faut choisir: veut-on la vie ou la mort du corps politique. N'en déplaise à André Dassy et aux autres défenseurs d'un plan B en cas de mort de la Belgique, c'est une attitude rationnellement intenable qui contribue à accroître le malaise et participe de la maladie dont une personne collective peut souffrir à un moment de son histoire, en fonction des traumatismes et des blessures qui l'ont marquée.
Rousseau envisage cette question de la mort du corps politique dans le chapître 11 du Livre III de son contrat social et il écrit: "Il ne dépend pas des hommes de prolonger leur vie, il dépend d'eux de prolonger celle de l'Etat aussi loin qu'il est possible, en lui donnant la meilleure constitution qu'il puisse avoir. Le mieux constitué finira, mais plus tard qu'un autre, si nul accident imprévu n'amène sa perte avant le temps".
Celui qui se préoccupe de cela, c'est, au plus profond, ce que l'on appelle tout simplement un citoyen. Vive la citoyenne Houard.
# 20/11/2007 à 02:13 Bert
18 November, een mijlpaal in de geschiedenis van BElg .... euh Wallonie!
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